Mon départ précipité de Tucson

Une tentative de meurtre préméditée ?

Les décisions de la Cour suprême territoriale sont arrivées trop tard.

J’avais commencé à imaginer  des moyens extra-légaux pour résoudre mes difficultés avec Woffenden, car je ne pouvais plus supporter l’attente d’un éventuel jugement en ma faveur..
Dans son édition du 25 Décembre 1875, l'Arizona Citizen a annoncé la découverte d'une "tentative diabolique pour  assassiner  Richard dans le Old Pueblo. (le vieux Tucson » (voir ci-dessous)
Les journaux ont écrit  que : «des détails ont été rapportés sur diverses opérations pour réaliser un projet meurtrier. »
Pas de noms, cependant, ont été mentionnés. Un grand jury constitué en Février 1876 a, parmi d'autres affaires, entendu le témoignage de dix-sept témoins concernant un projet d’assassinat. 

Le 19 Février 1876, le tribunal a rendu un acte d'accusation contre moi.
Woffenden, Samuel Laurent, et d'autres  personnes inconnues, mal intentionnées ont déposé devant les grands jurés, en  alléguant que « le 18 Décembre 1875, je m'étais avec, Laurent, et d'autres, associée et mise d’accord  avec eux pour ce projet . . . pour tuer et assassiner Richard Woffenden.
J’aurais embauché un complice en lui payant 1000$ (9745€), représentant une avance. 

Mais, le complot a été découvert à temps pour empêcher cet assassinat.

Article de l' Arizona weekly citizen (10 décembre 1884)

Traduction article
Une personne très informée et qui, pour certaines raisons, dissimule son vrai nom, a eu une longue communication avec le Citizen d'hier sous le titre de «Court Gossip» pour parler des procès  de L. C. Hughes, demandeur, contre Anna C. Woffenden, et  ses parents, Peter et John Charouleau.
Cette personne  affirme qu’environ un jour avant son départ pour la France, Anna C. Woffenden, est entrée dans le bureau de Hughes & Titus en disant que le grand jury alors  en session avait trouvé une accusation contre elle…..
Elle leur a  ensuite dit que depuis le début du mois  de Mars 1874,  L. C. Hughes ne l’a pas vue, mais que  son neveu Juan Charouleau les a payés ainsi que toutes leurs autres revendications  avec une  note datée du 17 avril 1874.
Que L. C. Hughes ait  déjà vu Anna C. après mars, 1874, l'auteur n'est pas en mesure de le déterminer.
Cependant, tous les anciens colons savent qu’Anna C. est arrivée   à Tucson en 1876.
Elle aurait alors, concocté un projet  pour  se débarrasser de son mari, Richard Woffenden
par un  assassinat.
Elle a embauché un complice pour la somme de $ 1,000, en partie payé à l'avance, mais la conspiration a été découverte à temps pour empêcher l'assassinat.
Le grand jury de 1876 a lancé un acte d'accusation contre Anna C. pour ce crime. C’est à ce moment-là  que L. C. Hughes a réclamé ses honoraires, (pas pour un acte d'accusation précédent.)
Cela ne devait été jugé, avant que l'officier puisse arrêter Anna C.
Son neveu, Pedro Charouleau a pris Anna C. en  buggy et est revenu avec le cheval et le buggy sans sa tante.
Ensuite, on a appris que Anna C. avait s'est enfuie en France.
M. Wise-Acre a dit que Juan Charouleau a payé deux ans à l'avance les avocats de sa tante au cas où elle commettrait  un meurtre en 1876 (?)
Encore très loin de la vérité,  la déclaration de M. Wise-Acre à propos du procès de Woffenden contre Charouleau, s’est enflée du vendredi dernier et samedi dans la journée :
Richard Woffenden aurait  poursuivi et obtenu le  divorce avec Anna (Jugé en 1879) mais il n'y aurait  pas eu de règlement immobilier à ce moment-là.
Si Wise-Acre avait recherché  les témoignages  avant d'écrire l'article de sa main pour les journaux, il n’aurait pas affirmé que Richard Woffenden « ne prétend réclamer aucune part d'une propriété possédée par Anna C. avant son mariage avec lui ».
À ceux qui connaissent les faits dans ce procès,  cette communication de Wise-Acre est regardée  comme un puits, disons très profond, comme  une histoire stupide, et personne ne serait  tout étonné d'entendre Anna C. et Charouleau s'exclamer: " que le ciel nous sauve
de nos amis. "  X. Y. Z.

 Arizona weekly citizen., December 20, 1884

Mon départ

Malgré cette affaire qui sera jugée devant un tribunal pénal, le contentieux sur les affaires civiles a continué sans relâche.
Lors d'une audience le 15 Mars 1876  dans l’affaire  Charouleau contre Lord & Williams un jury s’est déclaré en ma faveur  et m'a accordé 5308$ (83 800€).
Le lendemain, il a autorisé Pinckney Tully à payer 4000 $ (62 444€) de la sentence du procès  à mes avocats Titus & Hughes , "pour services rendus" du 1er mai 1874, jusqu'au 17 Avril, 1876.
La première étape pour rejuger le différend entre Richard Woffenden et Pierre Charouleau a commencée le 17 Mars 1876, lorsque les avocats des deux parties ont convenu que la déposition de Samuel Wise en faveur de mon neveu, pourrait être utilisée comme preuve dans l'audition de deux affaires.
Le 23 Mars 1876, Woffenden déposait un additif proposant un report de deux semaines, dans l’affaire de Pierre contre lui.
L'absence du témoin Sacramento Granillo avait forcé Woffenden à chercher un autre "témoin compétent «pour évaluer la valeur des cultures sur le terrain litigieux ». 
 
L’affaire Lord & Williams réglée, j'avais un autre problème à résoudre. Malgré l’acte d'accusation sur une conspiration d’assassinant, les charges ne semblaient pas avoir été immédiatement déposés et je suis donc restée libre.
Quelque temps plus tard, entre le 22 et le 26 Mars 1876, je suis allée me promener en calèche avec Pierre (modèle photo), qui est revenu, mais sans moi.
Jean allait plus tard témoigner dans une autre affaire que je m’étais arrêtée dans mon ranch sur la rivière Gila à la mi-mars, et que j'étais « en route pour la Californie » étape par étape.
Les personnes ont naturellement soupçonné que j'étais sur le chemin de retour vers la France.
Le Citizen a estimé que « dans de telles circonstances on doit fuir si on était coupable du crime reproché. C’est la clause de sauvegarde que beaucoup utilisent en fuyant  lorsqu’ils ont des difficultés pour  prouver leur innocence.... 
Des mesures ont été prises en vain par les autorités pour obliger mon retour à Tucson.... .
À la fin Mars, Samuel Laurent a été arrêté pour complicité dans  ce complot à Silver City, au Nouveau-Mexique, par le shérif adjoint Ad Linn du comté de Pima. Ramené à Tucson, Laurent a été emprisonné pendant une nuit puis libéré sous caution de 250 $ (3790€). Il est retourné à Silver City, où il semble avoir été un citoyen bien connu et bien considéré. 

Mon divorce officialisé 

J'aurais pu être jugée par contumace, mais cela n’aurait pas pu se faire  sans ma présence.
L'affaire a traîné pendant chaque mandat de la cour de district jusqu'à ce qu'elle soit  finalement éteinte  en Février 1879.
Le 18 mai 1876, mon neveu Jean a déposé les actes de mes propriétés  au bureau du comté de Pima Recorder, pour établir son droit de propriété dans au cas où Woffenden les revendiquerait.
Puis, le 9 Décembre, le Citizen rapporté qu' : « A. Charouleau » était parmi les arrivées de cette semaine à Tucson, sans évoquer ce que je pouvais y faire. En fait, je ne suis pas partie immédiatement pour la France, mais je suis restée en Californie. La raison de ce retour à Tucson avait une grande importance, et ce d'autant plus que le mandat d'arrêt était encore en vigueur et je  n'aurais pu passer inaperçue dans la ville.
Il me fallait régler bien régler toutes mes affaires avant mon départ définitif, compte tenu de l'importance de mes biens. 
Au moment où l'affaire du complot a été rejetée en 1879, Richard Woffenden demandait le divorce d’Anna. Il m’a accusé de l’avoir abandonné, «volontairement et sans cause, » en Mars 1876 et que depuis ce jour j’ai vécu séparée de lui, "contre sa volonté, son  souhait ou son consentement. »
 
Comme l'assignation ne m’a pas été transmise en personne et mon adresse actuelle étant inconnue de Woffenden, la publication dans le journal local suffisait.
Comme on l'a probablement prévu, je n’ai pas répondu et un jugement de divorce a été publié en Mai 1879.
 
Le 30 Juin 1879, Richard Woffenden épouse Martha Hollett, un médecin de quarante-six ans de l'Indiana qui avait étudié  au College Hospital de  Cleveland homéopathique en 1872. Née le 12 Février 1833, probablement dans le canton de Brown, Hendricks dans l’état d’Indiana, elle vivait sur la ferme de sa famille jusqu'à ce que sa mi- trentaine.


Encore des fantasmes....

L'Arizona Weekly Citizen a rapporté le 20 Août 1879 que j'étais à San Francisco, et que je serais  de retour à Tucson pour  déposer des plaintes contre mes deux neveux qui n'auraient pas rempli l'accord qu'ils avaient conclu avec moi au moment de la vente de mes propriétés.
Pourtant, selon le Citizen, Pierre et Jean avaient réussi à effectuer les versements mensuels sur les biens qu'ils m’avaient achetés.
Parce qu'il n'y avait pas d’article similaire dans l'Arizona Star, publié par LC Hughes, il est difficile de savoir si j'étais  a été effectivement de  retour à Tucson, ou, si cela était un mélange de réalité et la fantaisie.
Le numéro du 24 Septembre 1879 du Los Angeles Herald, a toutefois, a annoncé que j'avais une lettre en attente au bureau de poste principal, en suggérant que j’étais soit à Los Angeles ou que je devais arriver bientôt à Tucson.
En Octobre, le Weekly Citizen note, que j’avais déposé deux plaintes contre mes neveux et que les deux plaintes  avaient été placées sur le calendrier du tribunal de district.
Il n’existe aucune autre preuve pour ces deux cas.

Beaucoup de bruits et de fantasmes donc autour de ma personne....

La fin de vie de Richard

Après mon départ définitif pour Toulouse en 1883, Richard a persisté à vouloir récupérer les biens que j'avais vendus à mes neveux en utilisait encore la loi maritale et dénonçant des actes invalides, pour justifier  sa réclamation. 
Il poursuivra ainsi jusqu'en 1886 où il perdra ses procès et,le tribunal de district ordonnera  que certains de ses biens soient vendus pour satisfaire le jugement de 709,61$ (11 771€) en notre faveur.
le shérif du comté de Pima a réquisitionné  treize lots de ville et deux concessions minières, la Mary Lee et la Red Metal qui seront vendus aux enchères et que Pierre et Jean  achèteront.
Dans la soirée du 6 Février 1887, Richard Woffenden, âgé d’environ soixante-deux ans, décède subitement à son domicile.
Le médecin qui a pratiqué l'autopsie n'a rien trouvé d'inhabituel, jugeant que sa mort avait été provoquée par «une inflammation des intestins. »
Parce que de nombreux "soupçons" ont été exprimés publiquement une enquête a été diligentée. 
Le coroner (enquêteur sur les circonstances d'un décès violent, ou qui semble être le résultat d'un crime, et qui doit en déterminer la cause) a constaté qu’il n’y avait "aucune raison" de douter que Woffenden ait succombé à des causes naturelles.
Une foule importante a assisté à l'enterrement de Woffenden le 7 Février 1887.
Le The Arizona Daily Star fait son panégyrique comme étant «l'un des pionniers du comté de Pima. Quand il s’est installé ici, il possédait une fortune confortable. Il a cependant rencontré des catastrophes,  et, dans sa vieillesse il a vu les biens accumulés durant  sa vie complètement dissipés. Il était un homme très respecté par tous ceux qui le connaissaient ".
Eh bien, pas tout à fait, je peux en témoigner…
Le 19 mai 1887, la succession de Woffenden a été évaluée à 770 $, (12 188€) composée de sept lots de ville entiers et la moitié de beaucoup autres.
La propriété a été attribuée à sa veuve, Martha, en Février 1889. 
Au mois de mai suivant, à Martha qui vit maintenant à Los Angeles, ont été attribuées  les prestations de retraite de la guerre civile de son défunt mari. En 1900, elle a pris sa retraite dans une pension à la Maison Matthews à Los Angeles.
Martha Hollett Woffenden est morte dans la maison de sa fille adoptive dans Fruitvale, Californie Le 19 Octobre, 1908.