Le juge Edmund F. Dunne 

Richard continue à revendiquer mes biens....

Le 8 Avril 1875, j'ai prêté à  Charles Lord et W.W Williams, propriétaires de la société mercantile Lord & Williams de Tucson, 3000 $ (47 103€), pour trois mois; et  2000 $ (31411€),  sous quinze jours. 
Les partenaires Charles H. Lord, M.D. et W.W. Williams faisaient des affaires dans plusieurs domaines, agissant comme courtiers de change et comme banquiers. La fin du boom minier a été le début de la disparition de l'entreprise, en octobre 1881.
Ci-contre billet de change émis par cette société
Au début du mois de mai, Richard avait de nouveau signifié un avis à certains de mes locataires qui ne devaient payer leur loyer qu'à lui seul : à Rigas Soto, qui avait loué une maison sur Maiden Lane, ainsi qu'à Theodore Lopez et Dolores Perez, qui vivaient rue Convent. Il a également notifié à Lord et Williams, dans deux notes distinctes datées du 5 mai le remboursement de leurs prêts directement à lui et non à moi-même.... Si vous ne faites pas cela, a-t-il averti, «je vais vous tenir pour  responsable.».
 En mai, j'ai vendu les 11.000 livres de grain (4,950 t) de Richard, de la récolte de Septembre 1872, en laissant une partie du grain à Pierre.
Le 8 mai, le Citizen rapportait que j'avais une fois de plus récolté deux cents acres (81 ha) de coton. «Les plantes  à venir seront fines et de taille uniforme, et réaliseront dans la perspective présente un bon retour »,  prédisait le journal. Le 4 Juin, j'indiquais que je restais active dans mes entreprises et que j'en étais seule responsable.  Je faisais référence à une disposition de la loi de l'Arizona qui était un rappel de la période espagnole, qui permettait aux femmes mariées de faire des affaires sous leur propre nom et pour leur propre profit.

Ainsi, Richard  n’avait aucune réclamation à faire sur mes entreprises ou mes  biens. 

J'annonçais également que je prévoyais d'investir environ 5000 $ (78 534€) dans mon «entreprise de prêt d'argent, d’opérations sur titres, ainsi que des achats /ventes et dev maintenir et améliorer mes locations immobilières

Le juge Edmund F. Dunne en faveur de Richard

Le sénateur américain William Morris Stewart, sur les conseils du gouverneur Anson PK Safford, a recommandé Dunne pour remplacer John Titus comme juge en chef de la Cour suprême de l'Arizona. Le Président Ulysses S. Grant l'a désigné le 6 Mars 1874, Le nouveau juge en chef est arrivé avec sa famille à la fin de Juin et se sont installés à Tucson. Pendant son temps libre, il a voyagé à travers le territoire avec le gouverneur Safford et a été crédité de la plantation du premier  "verger d’orangers" de l'Arizona à la fin de 1874.
La révocation de Dunne est arrivée pour des raisons autres que son expertise juridique. En ardent catholique, le juge en chef croyait que l'église devrait gérer toute l'éducation du territoire. Il a publiquement exprimé cette croyance en Février 1875 lors d’un discours devant l'Assemblée législative territoriale 8e Arizona. Il a poursuivi ses efforts dans les colonnes des journaux, dont certaines ont  attiré l'attention sur la côte Est. Les appels sont allés jusqu'à la possibilité pour les catholiques de cesser de payer les impôts qui ont financé les écoles publiques. Face à cette agitation, le président Grant a décidé de révoquer  Dunne en Décembre 1875. Le juge en chef est resté sur le banc jusqu'à la fin de Janvier1876…
 

Après un retard considérable, l’affaire Richard Woffenden contre Pedro Charoleau (sic) , est venue finalement en procès devant le tribunal de district de Tucson le 2 Juillet 1875.
Le juge Edmund F. Dunne, qui avait remplacé John Titus en tant que juge du tribunal de district et de la Cour suprême, a statué en faveur de Richard, lui accordant la propriété des trois ranchs de la Gila River, avec 109.60 $ (1940€ ) en dommages et intérêts..... Woffenden en a rapidement pris possession après la récupération de la clé du ranch de Robledo/ Charouleau.
Ce même mois, (juillet 1875)  j'ai déposé au bureau d’enregistrement du comté de Pima l'acte par lequel j'avais transféré ma propriété, y compris les trois ranchs, à Pierre.
Le 9 Juillet 1875, Pierre a également intenté un procès devant le tribunal de district, (Pedro Charouleau contre  Richard Woffenden affaire 40) et a demandé la restitution des trois ranchs que le tribunal avait attribués à Woffenden le 2 Juillet. 

Pierre contre Richard

Simultanément, Pierre a déclaré que Woffenden avait "accaparé à son propre usage" une récolte de blé et d'orge de 400.000 livres (180 tonnes) , d’une valeur d'environ 8000 $ (126 000€), ainsi que des pommes de terre, des haricots, des oignons des poivrons pour 500 $ (7783€). Il a demandé 10 000 $ (157 455€) en dommages-intérêts.
Woffenden a répondu le 10 Juillet.
 L'affaire a été rejetée le 6 Septembre, mais Pierre a redéposé son dossier ce même jour.
Basée sur la décision du 2 Juillet, Woffenden a de nouveau poursuivi Pierre le 15 Juillet (Richard Woffenden contre Peter Charouleau affaire 45) , et demandait maintenant des dommages-intérêts pour la saisie par Pierre des trois ranchs  l'année précédente. Il a exigé 3600 $ (56 600€) «pour perte de loyers, et de bénéfices », la restitution de «ses propriétés», ainsi que 1 890 $ (30 000€) à titre de remboursement, et 300 $ (4727€) pour «dommages-intérêts pour la détention de ces biens.
Enfin, il a demandé que le montant des dommages-être soit triplé.  Rien que ça !!!!
L'acte  que Pierre avait récemment déposé et les actes de Jean ne seront pas examinés pendant presque un an!!!!
En Août, Woffenden a déposé une motion au tribunal du district pour annuler les  deux ans d’injonction d’Anna Charouleau contre lui.
Il avait déclaré  le 13 Août 1873, un accord «vide», et il affirmait que l'injonction ne tenait pas debout.
Woffenden une fois de plus a fait valoir que, pendant le mariage, la séparation des biens des époux a produit des bénéfices qui sont devenus propriété de la communauté à laquelle il devrait avoir accès. 

Dunne dissout l'injonction du 13 août 1873

Retour à la cour du juge Dunne le 9 et le 10 Août.
J'ai objecté que l'affaire avait déjà été bien examinée et qu’une décision avait été rendue, de sorte qu'il n'y avait aucune raison de la rouvrir.
Dunne a annulé mon objection, indiquant que  «la clause de l'ordre d'injonction de conclure » n’a pas été établie.... donc, l'ordonnance incriminée qui avait été rendue, n’était pas définitive, ni perpétuelle ».
J'ai essayé d’introduire les preuves des trois des avis de Richard à mes locataires en démontrant une violation de l’injonction.
Le juge Dunne a repoussé mes preuves "aux  motifs qu’elles n'étaient pas suffisantes."
En fin de compte, Dunne annule l'injonction.
Il déclarait ainsi  que l'accord du 13 Août 1873, entre nous était  "nul et non avenu», en statuant  que l'injonction portait atteinte au droit d'accès du mari et était « excessif et donc illégal. »!!!
Il était également  «inutile», que je puisse avoir «une réparation complète et conforme à la loi pour tous les torts dont je me suis plainte.
Le 16 Août, je faisais appel de la décision Dunne à la Cour suprême territoriale.
Le 6 Septembre 1875, Pierre redéposait son dossier de Juillet (Pedro Charouleau contre Richard Woffenden  avec une description plus complète des biens qu'il avait perdus lorsque Woffenden a pris possession des ranchs Gila River.
Pierre une fois de plus affirmait qu'il perdait 250 $ (3900€) par mois de loyer et exigeait le remboursement de la valeur des loyers, 10 000 $ (157 356€) en dommages-intérêts, et la restitution des terres.

Mon appel devant la cour suprême

J'ai fait appel de la décision prise par Dunne à la Cour suprême de Justice de l'Arizona. Le procès a eu lieu le 21 Janvier, 1876, et la Cour suprême a rendu son jugement territorial  le 26.
Dans une décision à deux contre un, les juges ont statué que le tribunal inférieur avait eu tort de dissoudre l'injonction, « car  la même affaire avait déjà été pleinement et définitivement entendue et décidée ».
Aucune nouvelle preuve ou document n’avait permis de changer les circonstances initialement présentées à la cour en 1873. Par conséquent, l'ordonnance de dissolution de l'injonction devait « être annulée ».
Le Juge Dunne a donc suspendu sa décision. 

Ce fut une victoire pour moi en établissant que les femmes mariées pouvaient obtenir réparation devant les tribunaux, et que le contrôle financier exercé par leur mari sur leurs propriétés séparées et leurs revenus propres ne pouvait s’exercer.
L'injonction a été rétablie, mais qu’en était-il des biens qu’il restait à protéger ?
Cela dépendra de l'issue des procès en suspens entre Pierre et Richard Woffenden.

La destitution du juge....

En Septembre 1875 avec mon neveu Jean, et quelques 83 tusconmans nous avons signé une pétition au procureur général américain demandant la destitution du juge Dunne de ses postes de juge en chef de la Cour suprême du Territoire et de juge d’office de la Première Cour du district judiciaire.
Bien sûr, cela n'était pas pour me déplaire, car ce juge  faisait des efforts extrêmement frustrants contre moi et Pierre, en nous dépossédant de nos propriétés en faveur de Richard...
Dunne et Woffenden avaient une relation forte et amicale. Avant Juillet, ils avaient voyagés ensemble pour inspecter les mines dans le comté de Pinal, dans lequel ils avaient un intérêt commun ou ont cherché à acquérir un. (ci-dessus, restes d' Ajax Mines comté de Pinal)
La pétition accusait Dunne d’ "une propension irrésistible à s’enrôler comme un partisan dans chaque controverse en cours, religieuse, politique et personnelle. Nous avons  fait valoir que Dunne, qui a favorisé l'éducation paroissiale, avait fait des remarques désobligeantes sur le système de l'école publique de l'Arizona. Les opinions de Dunne ont été fortement critiquées de nombreuses fois  sur le territoire et avaient même créé une certaine controverse en dehors de l'Arizona en particulier sur la côte est. 
D'autres encore se sont plaints qu'il paraissait si « partial dans ses arrêts et décisions, que nous avons perdu toute confiance en lui comme un juge ».
Le Conseil de surveillance de Pima et le Conseil Communal de Tucson ont envoyés des pétitions demandant son retrait, comme l'a fait un groupe d'éminents avocats et des fonctionnaires du comté.
Le président Ulysses S. Grant a finalement retiré à Dunne ses deux fonctions  en Janvier 1876.
Pas mécontente du tout d'avoir participé activement à la destitution de ce juge......