Le divorce ses péripéties....

Le pacte vole en éclats....

Nous sommes donc restés mariés "chacun de son côté", mais, notre pacte deviendrait caduc, si nous décidions de vivre à nouveau ensemble.

Le procureur James E. McCaffry, qui avait rédigé l'accord, a également été assisté du  juge de paix Charles H. Meyer (photo ci-contre).

Malgré tout, il m'a fallu demander  le divorce le 10 Juillet 1873, un peu moins d'un an après notre  mariage, car, à diverses occasions il m'a traitée d'une manière cruelle et inhumaine."

Par exemple, le 15 Septembre 1872,  sans aucune provocation de ma part, il m'a agressée avec une chaise et a tenté de me frapper !

Puis, le 15 Janvier 1873, je suis tombée malade, et je suis restée au lit pendant plus de vingt jours, impuissante. Sans tenir compte de ses obligations de mariage pour me traiter avec gentillesse et attention, il a absolument refusé de me  fournir l'assistance médicale ... et refusé de subvenir à mes besoins.
Enfin, alors que j'étais dans son chariot  le 18 Juin, il  m’a sans que je l'ai provoqué,  saisi violemment par la gorge et m'a traînée et jetée sur le sol, me laissant impuissante et sans aide à plusieurs miles de distance de ma maison et a montré un mépris total pour ma santé; sinon de ma vie !!.
 C'est un homme de passion, violent et d’humeur ingouvernable, en de nombreuses occasions...  il  agissait d'une manière brutale et abusive... constante...  Il m’injuriait et me menaçait avec violence.
A plusieurs reprises, il m'a volontairement quittée, refusant de me fournir soutien et assistance, bien qu'il possède des biens réels et personnels s’élevant à  plus de 12 000 $ (183 500€) et... que son revenu annuel était de 4000 $ (63 300€).
J'ai demandé une somme raisonnable pour couvrir le coût de la procédure de divorce et les sommes supplémentaires pour la pension alimentaire. Cette somme, me semblait juste et appropriée pour couvrir les frais lors de l'action juridique en attente. 

Richard  a répondu le 26 Juillet par une longue lettre, réfutant  en détail les faits de violence physique et de violence verbale, dont j'aurai souffert....

Il affirmait que je l'avais régulièrement accusé injustement, et que je l'accusais de fréquenter des prostituées,  des épouses ou des petites amies des autres hommes. Il m'accusait aussi  de l'avoir frappé, ou tenté de le frapper, et que j'ai  utilisé toutes sortes de langages vulgaires, tellement vulgaires qu’il les a  oubliés.
Il a même raconté que j'aurais, a plusieurs reprises, tenté de le convaincre de rester avec moi...
Il a reconnu m'avoir frappé avec une chaise,  car je l'accusais  d’avoir des relations avec d'autres femmes, que je demanderais le  divorce, et que de plus,  je l'aurai traité de brute, de ladron (voleur) et de  putano (putain) et que je lui aurais ordonné de sortir de ma maison.... en lui disant   « quitta mi Casa espèce de  brute. »
Je lui aurais envoyé mon poing dans son visage et pris une chaise pour le  frapper... moi, une faible femme !!!!

Il a expliqué que lorsque je  lui ai demandé des soins quand j'étais alitée, il a dit que j'avais le  "clap"  (gonorrhée, infection vénérienne). Pour me soigner, il aurait demandé un médicament à M. Rivers, qui aurait gardé le silence sur la question. J'aurai refusé  l'offre,  en disant que je ne savais pas quoi faire, et que c'était mon  premier mari  qui m'avait transmis le clap, et que j'étais devenue saine par la suite. Me l'aurait-il transmis ? 

Il a affirmé qu’Anna, sa cuisinière, et un ami proche ont assisté à ce petit  épisode et que j'ai pu commencer  à remarcher normalement   quatre jours plus tard.

En ce qui concerne l'incident du chariot, il a affirmé que je  lui avais demandé de payer une amende de vingt-cinq dollars (397€) que j'avais reçue du juge de paix Osborn, pour éviter d'aller en prison pour cinq jours. Il m’aurait  répondu qu'il devait aller à  "Rillita" (terres situées au sud de Tucson sur la Santa Cruz destinées aux colons.) pour emprunter de l'argent, et m'a invitée à venir avec lui. Il a raconté qu'il fredonnait tranquillement une sorte de mélodie à notre  retour, quand, tout à coup je l'aurais  frappé sans raison sur la tête par derrière. Il a pris mon chapeau et m'a dit de sortir du chariot parce qu’il ne voulait pas être frappé sur la tête quand il  conduit les mules.

Je serais sortie immédiatement de la voiture, en refusant ses demandes répétées pour revenir dans le chariot. Enfin,  a dit qu'il enverrait le shérif pour me ramener à Tucson. Il se serait même préoccupé  de ma sécurité, en allant au ranch voisin prendre des dispositions pour que je puisse être ramenée.

L'acte de divorce

De retour à Tucson, il a dit au juge de paix Charles H. Meyer ce qui était arrivé et lui a demandé conseil.
Meyer lui a conseillé de ne pas rentrer chez nous ce soir-là car je pourrais lui planter ou lui lancer un couteau….
Le lendemain, Meyer a envoyé  quelqu'un pour aller avec lui mettre ses biens hors de la maison.
Il m'accusait d'avoir  des humeurs changeantes, puisque j'avais initialement accepté la suggestion  de février 1873 de nous séparer, mais, je serais rapidement revenue sur cette proposition.
Il a ensuite demandé McCaffry d’établir l'acte de divorce, en acceptant un grand nombre de mes demandes, que nous avons signé le 19 février 1874.
Selon lui, je ne voulais pas laisser cette séparation devenir permanente et, les deux jours suivants, je le pressais de revenir.....
Richard affirme qu'il m'a dit que ce serait mal de revenir si tôt et que je lui aurais répondu que cela n’avait aucune importance.
Un mois plus tard, toujours selon ses dires, je l'aurais à nouveau sollicité pour un rapprochement.
Toutefois, nous nous sommes  entendus et après accord, Richard est revenu.
Enfin, Richard  s’est plaint que je  lui aurais refusé l'accès aux bénéfices que j'avais fait sur mes intérêts commerciaux, car il considérait que nous étions toujours mariés... et que tous ces profits lui revenaient et que je ne devais pas en recevoir un seul  un cent d'eux... et que j'aurais bénéficié d’ environ 600 $ (9515€) par mois de revenus  sur mes  propriétés.
Toutefois, nous avons signé un second article conventionnel» le 13 août 1873.
Cet acte établissait clairement que chaque partie conservait leur propriété séparément. L'accord resterait en vigueur que tant que nous vivrions ensemble comme mari et femme. Richard a accepté de payer toutes les dépenses du ménage, ainsi que  « toutes ses dépenses privées et individuelles ».
Il a en outre promis qu'il ne chercherait pas à contrôler ou à tirer un quelconque avantage de mes biens ou tout bénéfice que j'aurais fait avec eux.
En retour, j'ai promis d'accepter d’assumer mes propres frais individuels et privés, y compris mes chevaux et mes engins de transport. J'ai également accepté de ne pas interférer avec ses propriétés et de tout bénéfice qu'il en découlerait.


Pendant ce temps, mes affaires prospèrent...

J'achète un ranch au premier trimestre 1874 sur la rivière Gila (photo ci-contre de nos jours) sur une section de la terre qui appartenait à Jésus et Patricia Figaro.
À la fin du mois d’Août 1873,  j'achète un autre ranch de 162,13 acres (65, 60 ha) et 158 acres (63,92 ha) propriétés d’Ambrosio et Maria Arviso.
En  Octobre suivant, je fais l'acquisition d'un ranch de 160 acres (64,73 ha) appartenant à Abram et Mariana Moreno, et en décembre, deux parcelles de 160 acres  à Ygnacio et Romula Robledo (constituées des ranchs  Robledo et Duran, attenant à chaque ranch Moreno).
Enfin, en Février 1874, j'achète 168.88 acres (68,32 ha) du ranch de Teodoro et Altagracia Pesqueira. Il se situait  sur une partie de cette terre où je cultivais du coton en 1874 et 1875.  Au total, durant cette période, j'ai acquis 327 ha, de quoi faire pâlir mon frère Sébastien resté au Fort….
J'ai loué certains de ces  ranchs à leur propriétaire d’origine.

Richard persiste à vouloir gérer mes biens

Le 7 Octobre 1873, Richard Woffenden a envoyé un avis à un certain nombre de mes locataires à Tucson, leur demandant de ne payer leur loyer qu'à lui seul.... 

J'ai donc demandé le 10 novembre au tribunal du district d'adresser une injonction à Richard pour avoir  cassé notre accord du 13 Août. Le 18 Novembre, le juge John Titus a statué que l'injonction était justifiée et l’a étendue à l'ensemble de mes  propriétés ainsi que leurs profits, indépendamment du fait qu'ils ont été achetés avant ou après notre mariage.

Conformément à la loi, le 19 Novembre  j'ai déposé auprès de l'enregistrement du comté un inventaire plein et entier de mes propriétés, réelles et personnelles.
Les lots comprenaient mes dix propriétés de Tucson, ma voiture et mon cheval. 

Richard  a répondu à l'injonction le 28 Novembre en niant qu'il n’avait jamais fait d’accord  comme je le prétends,  et qu'il n’avait en aucune façon entravé ou tenté de contrôler mes biens propres.
Il affirme avec une apparente contradiction qu'il avait signé l'accord sans en connaître  le contenu. Il ajoute que même s'il en connaissait le contenu, cet accord était nul, et n'avait pas à affecter ou abroger tous ses droits conjugaux.
Il a soutenu que les loyers perçus de mes  propriétés, ont  été établis en commun et, que par conséquent, devaient soumis à son contrôle en vertu de la règle de maritale.....


Il conclut en se plaignant de mon comportement en affirmant que je n'avais pas respecté de  mon côté  l'accord concernant l'entretien de ma voiture et de mon cheval. En outre,  j'aurai agi envers lui... qui a eu pour conséquence de fomenter la guerre et d’encourager les difficultés et les malentendus entre nous.
Il a également demandé à ce que cette nouvelle action qu’il demande, soit respectée perpétuellement et réclamé  la poursuite de la procédure.
Le 15 Décembre, le juge Titus en désaccord, a jugé que mon injonction  a été faite perpétuellement, ou jusqu'à ce qu’une nouvelle ordonnance de ce tribunal soit prononcée.
Trois jours plus tard, Richard faisait appel devant la Cour suprême territoriale pour qu'elle ne donne pas suite à ma motion, ou pour rejeter mon appel.
Près de deux ans passeront avant que Richard Woffenden intente une prochaine procédure dans ce dossier.
À la suite de sa tentative pour exercer un contrôle sur mes biens, et l'inimitié qu'il avait provoquée, j'ai décidé de céder, ou de paraître céder sur les propriétés qu'il avait ciblées.....
Pour faire face à ces démêlés, j'ai  fait appel à mon neveu, Pierre Charouleau, en lui  suggérant de venir à Tucson car il y avait beaucoup d’argent à faire dans cette capitale animée  de ce territoire. Il ne s'est pas fait prier. 
Depuis la fin de l'année 1869, à ma demande il avait débarqué à Arica au Pérou pour régler mes affaires péruviennes et mexicaines. Il  avait depuis parcouru l’Amérique centrale. Il arrive à Tucson le 9 Janvier 1874, accompagné de son épouse Sérafina qu'il avait rencontrée au Guatemala.
Les affaires judiciaires ne vont pas pour autant s'estomper... bien au contraire..

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