Anna Charouleau (1812 - 1898)

Anna, je m’appelle Anna Charouleau
Ce nom Charouleau est un nom de famille de la région du sud-ouest, diminutif de charoul dérivé de char, qui désignait  un chemin entre les champs ou les chars peuvent passer. Il dérive également de Carol ou Carolus.
Je suis née le 15 décembre 1812 au hameau du Fort dans la commune de Montardit en Ariège et je  décède à Toulouse le 3 avril 1898.
Il faut dire que la vie dans la maison du Fort était devenue difficile. En effet, en plus des difficultés économiques de cette moitié du XIXème siècle, Gérôme mon grand-père décède le 1er janvier 1825, à l’âge de 47 ans, c’est donc son fils ainé Sébastien, mon frère aîné qui, alors âgé de 20 ans assure la destinée de l’exploitation avec notre  mère Marianne.



Cette année-là, (1825) ma soeur Paule a tout juste 15 ans, Jeanne 10 ans, Rose 5 ans, la petite  dernière Marie n’a que 2 ans, et moi même 13.
En 1833, Sébastien se marie avec Jeanne Saint Germes.
Vont naître successivement  mes nièce et neveux, Jean en 1834, Jeanne en 1837, Pierre en 1840, Jeanne-Marie en 1842, Louis en 1847, et Jean Pierre en 1849.
En 1842, la maison Charouleau compte au plus 12 personnes…

Départ vers Bordeaux

Vers 1840, Paule a 30 ans, Marie tout juste 17 ans et moi-même 28 .  
Cette année là, Paule, prend la route pour Bordeaux, le port par lequel transitent tous les migrants cherchant fortune en Amérique du Sud ou vers les Etats-Unis, incitée par ailleurs par l’agence Colson de Bordeaux qui offre des prix de transport maritimes défiant toute concurrence… et avec l'espoir d'une vie meilleure et de faire  fortune.....
C'est ensuite mon tour, de prendre la route vers 1849 j'avais alors 37 ans; quant à, Marie, elle se dirigera vers Bordeaux en 1852 elle avait alors 29 ans. 

Pour faire ce voyage, chacue d'entre nous s'est rendue à Cazères sur Garonne soit par l’omnibus tiré par des chevaux qui reliait à l’époque Cazères à Saint Girons, soit, par l’intermédiaire de notre  frère ou d’un voisin du Fort venu à Cazères un jour de marché avec sa charrette. 
Ensuite, ce fut la diligence qui reliait Cazères à Toulouse par l’ancienne voie romaine qui longeait la Garonne devenue depuis route nationale, transformée  à la fin du XXème siècle en autoroute.
Le voyage durait  18 heures..... 
Aujourd'hui, en ce début de XXIème siècle, il faut 14 heures 30, pour aller de Paris à Santiago du Chili... en avion...

Ma soeur Paule

Paule ma soeur, se marie le 19 février 1842 à Bordeaux avec Joseph Martres.
Joseph est né le 21 mai 1814 à Salerm, de père inconnu. Sa mère, Bernarde Dario se marie le 27 aout 1817 avec Joseph Louis de Martres, qui reconnait à cette date Joseph comme son propre fils. Il avait 3 ans.
Ils vivaient à Bordeaux au n° 50 de la rue Saint Eulalie. Joseph, qui était garçon boulanger embarque pour Buenos Aires en 1850 sur le 3 mâts" Le Paris, en tant que cuisinier. Paule le rejoindra avec sa soeur Mairie en 1852. Elles embarquent sur le navire Le Lion le 17 février 1852.
A Buenos Aires, Paule et Joseph sont recensés en 1855, sous le nom de Don Jose Martres et Paulina Ialuxo née à Lufe (Le Fort).

Ma petite soeur Marie

Ma petite soeur Marie, embarque pour l’Argentine avec sa sœur Paule en 1852. Elle était célibataire et tapissière.
Elle se marie le 17 juillet 1854 à Montevideo avec Louis Naury, rentier. Ils auront 2 enfants, Pauline née en 1855 et Joseph né en 1857. 
Marie et Louis retourneront en France, et finiront leurs jours à Jurançon.

Quant à moi....

 J'arrrive à Bordeaux au début de l'année 1849. Sur les quais, je rencontre Michel Artigue, négociant, originaire de Martres de Rivière. Je l'épouse le 17 mars 1849. 
J'avais alors 36 ans, lui 23. Aujourd'hui, cette différence d'âge est devenue une sorte de "norme" voire une tendance, mais, à mon époque, c'était très mal venu d'épouser un homme beaucoup plus jeune. Il faut dire qu'une femme embarquant toute seule risquait d'être une proie pour le contingent d'émigrés qui étaient en grande majorité de jeunes hommes pleins de fougue et  d'espoir. 
Etre mariée était donc une garantie pour moi pour effectuer ce voyage en toute tranquilité. 
Nous embarquons la même année pour le Pérou....  sur le navire Le Chili le 7 juillet.     Lire la suite...

Le village de Montardit

Sur son éperon, Montardit est un village-rue, proche de Saint Girons. Il était fortifié, ce qui lui a permis lors des guerres de religion et à la différence de Mérigon, d'échapper en grande partie aux protestants.
Dès 1195 Montardit, son château et son église appartiennent à l'évêque de Couserans et ce jusqu'en 1576, date à laquelle la moitié de la seigneurie est vendue à des laïcs. 
A cette époque, le hameau du Fort de par sa position dominante, n’était qu’un fortin (d’où son nom) qui protégeait Montardit et ses alentours des incursions protestantes durant les guerres de religion du XVIème siècle.
 On sait que la journée du   1er août 1569; s'acheva par le pillage de   Montardit, par les huguenots venus du Mas d’Azil.
La maison où sont nés les membres de ma famille a été construite probablement par mon ancêtre Philippe en 1663.